11/19/2010

Schizo est interpellé

Car il est certain que le schizo est interpellé, ne cesse pas de
l'être.


 Précisément parce que son rapport avec la nature n'est
pas un pôle spécifique, il est interpellé dans les termes du
code social en cours : ton nom, ton père, ta mère?




 Au cours
de ses exercices de production désirante, Molloy est interpellé
par un policier : « Vous vous appelez Molloy, dit le commissaire.



Oui, dis-je, ça me revient à l'instant.

 Et votre
maman? dit le commissaire. Je ne saisissais pas. S'appeIJet-
elle Molloy aussi? dit le commissaire. S'appelle-t-elle Molloy?
dis-je.

Oui, dit le commissaire. Je réfléchis. Vous vous
appelez Molloy, dit le commissaire. Oui, dis-je. Et ,votre
maman dit le commissaire, s'appelle-t-elle Molloy aUSSi? Je
ré.fléchi~. »


On ne peut pas dire que la psychanalyse soit très
novatrice à cet égard : elle continue à poser ses questions et
à développer ses interprétations du fo~d du triangle ~dipi~n,
au moment où elle sent pourtant combien les phénomenes dits
de psychose débordent ce cadre de référence. Le psychanalyste
dit qu'on doit découvrir le p~pa sou,s le Dieu s~pé1;ieur
de Schreber, et poutquoi pas le frere aîne sous le Dieu mférieur.




Tantôt le schizophrène s'impatiente et demande qu'on
le laisse tranquille. Tantôt il entre dans le jeu, il en rajoute
même, quitte à réintroduire ses repérages à lui dans le modèle



qu'on lui· propose et qu'il fait éclater du dedans (oui, c'est
ma mère, mais ma mère, c'est justement la Vierge).

 On imagine
le président Schreber répondant à Freud : mais oui, oui,
oui, les oiseaux parlants sont des jeunes filles, et le Dieu
supérieur, c'est papa, et le Dieu inférieur, mon frère. Mais
en douce, il ré-engrosse les jeunes filles de tous les oiseaux
parlants, et son père du Dieu supérieur, et son frère, du Dieu
inférieur, toutes formes divines qui se compliquent ou plutôt
« se désimplifient » à mesure qu'elles percent sous les termes
et fonctions trop simples du triangle oedipien.








Je ne crois à ni père
ni mère
Ja na pas
à papa-mama





Tantôt le schizophrène s'impatiente et demande qu'on
le laisse tranquille. Tantôt il entre dans le jeu, il en rajoute
même, quitte à réintroduire ses repérages à lui dans le modèle


qu'on lui· propose et qu'il fait éclater du dedans (oui, c'est
ma mère, mais ma mère, c'est justement la Vierge).



Je ne crois à ni père
ni mère
Ja na pas
à papa-mama

(Artaud



Le corps sous la peau est une usine surchauffée,
et dehors,
le malade brille,
il luit)
de tous ses pores,
éclatés. 

)



Chantre

Et l'unique cordeau des trompettes marines

(Apollinaire




Pourtant .le
n'y croit plus. Il est au·delà, il est derrière, dessous, ailleurs,
mais pas dans ces problèmes·là. Et là où il est, il y a des
problèmes, des souffrances insurmontables, des pauvretés
insupportables, mais pourquoi vouloir le rame,ner à ce d'où
il est sorti, le remettre dans ces problèmes qUI ne sont plus
les siens, bafouer sa vérité à laquelle on a cru suffisamment
rendre hommage en lui donnant un idéal coup de chapeau?
On dira que le schizo ne peut plus dire moi, et qu'il faut
lui rendre cette fonction sacrée d'énonciation. C'est ce qu'il
résume en disant : on me re·salope. « Je ne dirai plus moi,
je ne le dirai plus jamais, c'est trop bêt.e)e mettrai à la p~a:~,
chaque fois que je l'entendrai, la trolsl~e personn~: Si lY
pense. Si ça les amuse. Ça ne changera rien. » Et s il redit
moi, ça ne change rien non plus. Tellement hors de ces problèmes
tellement au·delà.


L'ANTI-OEDIPE_D/G
LES MACHINES DÉSIRANTES