3/29/2007

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DELEUZE: And then, there was my meeting Felix Guattari, the way we got along and completed, depersonalized, singularized each other - in short how we loved. That resulted in _Anti-Oedipus_ which marked a new progression. I wonder whether one of the formal reasons for the hostile reception the book occasionally encounters isn't precisely that we worked it out together, depriving the public of the quarrels and ascriptions it loves. So they try to untangle what is undiscernible or to determine what belongs to each of us. But since everyone, like everyone else, is multiple to begin with, that makes for quite a few people. And doubtlessly "Anti-Oedipus" cannot be said to be rid of all the formal apparatus of knowledge: surely it still belongs to the university, for it is well-mannered enough, and does not yet represent the "pop" philosophy or "pop" analysis that we dream of. But I am struck by the this: most of the people who find this book difficult are the better educated, notably in the psychoanalytic field. They say: What is this, the body without organs? What do you really mean by desiring machines? In contrast, those who know just a little bit, those who are not spoiled by psychoanalysis, have fewer problems and do not mind, leaving aside what they don't understand. Such is the reason for our saying that those who should be concerned with this book, theoretically at least, are fellows between fifteen and twenty. There are in fact two ways of reading a book: either we consider it a box which refers us to an inside, and in that case we look for the signified; if we are still more perverse or corrupted, we search for the signifier. And then we consider the following book as a box contained in the first one or containing it in turn. And we can comment, and interpret, and ask for explanations, we can write about the book and so on endlessly.







Félix Guattari ne croit pas qu'il soit possible d'isoler l'élément inconscient dans le langage ou de le structurer dans des horizons signifiants. L'inconscient au contraire se rapporte à tout un champ social, économique et politique. Les objets du désir se déterminent comme réalité coextensive au champ social (et par conséquent à celui défini par l'économie politique). Une cartographie de la subjectivité, pour avoir une portée analytique, doit selon lui se défaire de tout idéal de scientificité. Elle s'asseoit sur une critique percutante des modes de subjectivation subordonnés au régime identitaire et au modèle de la représentation, sur ce que la psychanalyste et collaboratrice Suely Rolnik appelle « le malaise dans la différence ». L'éthique guattarienne consiste à opposer à cet idéal un constructivisme ontologique sur tous les plans, aussi bien dans le cas d'appréhension des niveaux éthologiques chez les bébés que dans celui de la fonction existentialisante du rock pour les jeunes ou bien encore dans celui de l'appréhension pathique dans la psychose, où peuvent être inclus les composants sémiotiques les plus divers (incorporation de la science ou des médias comme éléments du roman familial moderne, par exemple). Pour cela il faut accepter que la psyché soit le résultat de composants multiples, hétérogènes. Elle enveloppe le registre de la parole mais aussi les moyens de communication non verbaux, les relations à l'espace architectonique, les comportements éthologiques, les statuts économiques, les aspirations esthétiques et éthiques, etc. Ce qui implique qu'on ne peut prendre la subjectivité comme donnée, configurée par les structures universelles de la psyché, mais, au contraire, qu'il faut supposer des engendrements différenciés de subjectivations. C'est pourquoi l'inconscient n'est pas structurel mais processuel ; il ne peut être référé au seul roman familial mais doit l'être également aux machines techniques et sociales ; il ne peut être entièrement tourné vers le passé mais doit également l'être vers le futur. Penseur de la natalité, des commencements, la recherche radicale de Guattari d'une capacité à donner forme conceptuelle et pragmatique à des interrogations existentielles, à réintégrer la complexité des individus, leur libido, leurs rêves, dans l'équation politique, l'amène à promouvoir ce qu'il nommera une « écosophie ». Le premier concept proposé par Gilles Deleuze est celui du plan de consistance, qu'il rejettera ensuite au profit de celui de plan d'immanence. La philosophie de Deleuze est celle d'une immanence absolue. Pas de transcendant, pas de négation, pas de manque, mais une culture de la joie, une dénonciation radicale des pouvoirs. Une philosophie de la vie et de la pure affirmation, de l'immanence, donc, comme sortie des frontières du sujet : « En chacun de nous, il y a comme une ascèse, une partie dirigée contre nous-mêmes. Nous sommes des déserts, mais peuplés de tribus, de faunes et de flores. (...) Et toutes ces peuplades, toutes ces foules, n'empêchent pas le désert, qui est notre ascèse même, au contraire elles l'habitent, elles passent par lui, sur lui. (...) Le désert, l'expérimentation sur soi-même, est notre seule identité, notre chance unique pour toutes les combinaisons qui nous habitent. » (Dialogues, p. 18) La philosophie de Deleuze croise ici une première fois les intérêts de Foucault, ceux pour la folie. Tous deux pensèrent en effet sérieusement à la folie et à un dialogue possible avec elle. Si Foucault le fit en la prenant comme un objet historique complexe dont il lut la genèse comme l'envers et la condition non-nécessaire de notre pensée (« la pensée de la folie n'est pas une expérience de la folie, mais de la pensée : elle ne devient folie que dans l'effondrement »), Deleuze, à son tour, dans son rapprochement avec Guattari, céda à la tentation de ces parages dans la création de ses propres concepts. Peut-être le « rhizome » est-il l'expression extrême de cela. En fait on peut y penser comme à un rayon X de la pensée du dehors, dans sa logique la plus intime, c'est-à-dire quand elle est le plus tournée vers le dehors. On trouve en elle l'ouverture d'un désert, la mobilité oubliée, la connectivité errante, la prolifération multidirectionnelle, l'absence de centre, de sujet, d'objet – une topologie et une chronologie qui sont assez hallucinatoires. En bref, on ne trouve pas la carte d'un autre monde mais plutôt l'autre cartographie possible de tous les mondes – ce qui fait précisément ce monde en être un autre, nous délivrant des chaînes de la quotidienneté. « Faire un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. » (Dialogues, p.81) Deleuze a sur la fin de sa vie esquissé – second croisement – le prolongement d'une idée de Foucault qui envisageait la fin des sociétés disciplinaires. Selon lui, celles-ci sont en train de laisser place aux sociétés de contrôle: « Le contrôle est à court terme et à rotation rapide, mais aussi continu et illimité, tandis que la discipline était de longue durée, infinie et discontinue... L'homme n'est plus l'homme enfermé, mais l'homme endetté. » (Pourparlers, p.246)